Adapter au théâtre l’univers d’Alain Guiraudie, c’est le pari réussi de Maurin Ollès. Un projet d’autant plus audacieux qu’il s’attaque à Rabalaïre, son roman de plus de mille pages paru en 2021.
Alain Guiraudie, c’est pour beaucoup L’Inconnu du lac : des images réalistes, des paysages et des corps filmés sous une lumière crue, des plans fixes qui hantent longtemps notre regard de spectateur. Maurin Ollès s’empare de cet univers si particulier, ancré dans une réalité sociale forte, où s’immisce le thriller. L'adaptation Et j’en suis là de mes rêveries a cette allure d’un conte amoral, drôle, où l'incongru s’invite au cœur d’une narration solidement ancrée dans le réel.
De Rabalaïre qui signifie en occitan, traîner, aller ici et là, qui ne tient pas en place, Jacques a cette insatiable bougeotte. Cinquantenaire au chômage, il sillonne, infatigable, ces paysages de l'Aveyron à vélo. À rebours d'une image glamour que sa tenue de cycliste est loin de susciter, Jacques provoque le désir partout où il passe. Chaque interaction, chaque croisement de regard est sexualisé.
Sur la scène, les paysages et le décor sont figurés autant par des maquettes en miniature, des scripts projetés au rétroprojecteur que par la diffusion d'un court métrage de 25 minutes, réalisé par Maurin Ollès, qui déplace un instant le récit, comme une porte qui s'ouvre sur l'intimité des personnages. Des matériaux pluriels qui viennent nourrir un fil narratif au rythme crescendo, où le burlesque se mêle à l'enchainement cohérent de situations pourtant improbables. Cet entrelacement subtil figure ce qui fait toute la singularité de la représentation, un décalage permanent du personnage, plus soucieux de la sémantique d’un verbe que des conséquences de l'action qu’il entraîne.
Maurin Ollès et Pierre Maillet s'emparent de l’atmosphère fantastique du récit qui naît de ce glissement progressif, d’une narration hyperréaliste qui, toujours sur le fil, bascule imperceptiblement dans l’étrange. Avec une subtilité et une intelligence réjouissante, Maurin Ollès et Pierre Maillet déploient toute la théâtralité de l'univers si particulier d'Alain Guiraudie et donnent corps à ses personnages décalés, sans filtre, et si profondément humains.
Et j'en suis là de mes rêveries de Maurin Ollès d'après le roman Rabalaïre d'Alain Guiraudie jusqu'au 11 avril 2025 au Théâtre de la Bastille
Avec Pierre Maillet et Maurin Ollès
Coproductions Les Gens Déraisonnables (Parmi les Lucioles)/Rennes, La Comédie de Colmar – CDN Grand-Est Alsace, Les Célestins – Théâtre de Lyon, Théâtre de La Bastille, Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN, NEST Théâtre – CDN de Thionville Grand-Est, Théâtre Sorano – Scène conventionnée de Toulouse, Réseau Puissance 4.
Soutiens : Maisons Mainou de Genève, la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon – Centre national des écritures du spectacle, Ministère de la Culture-DRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur, Département des Bouches-du-Rhône, Carte blanche aux artistes de la Région Sud, Ville de Marseille Remerciements Les éditions P.O.L, Gwenola Loric, Arnaud Richer, Marguerite Guillard Richer, Mairie de Cagnac-du-Causse, Jules Follet, Livia Spinga, Sébastien Saintigny, Stéphanie Selva, Michel Bergamin, Claude Mouriéras – La CinéFabrique, Marie Lesay – Rue de La Sardine, Alberto Ploquin, Clara Bonnet, Augustin Bonnet, Phillipe et Marina Jonquières, Anne Fischer, Matthieu Cruciani, Marcial Di Fonzo Bo, Nicolas Mesdom, Thomas Nicolle, DC Audiovisuel, Arsud.
Compagnie La Crapule lacrapule.fr
Sophie Trommelen, vu 31 mars 2025 au Théâtre de la Bastille.