Et j'en suis là de mes rêveries de Maurin Ollès

 

 Adapter au théâtre l’univers d’Alain Guiraudie, c’est le pari réussi de Maurin Ollès. Un projet d’autant plus audacieux qu’il s’attaque à Rabalaïre, son roman de plus de mille pages paru en 2021.

Alain Guiraudie, c’est pour beaucoup L’Inconnu du lac : des images réalistes, des paysages et des corps filmés sous une lumière crue, des plans fixes qui hantent longtemps notre regard de spectateur. Maurin Ollès s’empare de cet univers si particulier, ancré dans une réalité sociale forte, où s’immisce le thriller. L'adaptation Et j’en suis là de mes rêveries a cette allure d’un conte amoral, drôle, où l'incongru s’invite au cœur d’une narration solidement ancrée dans le réel.

De Rabalaïre qui signifie en occitan, traîner, aller ici et là, qui ne tient pas en place, Jacques a cette insatiable bougeotte. Cinquantenaire au chômage, il sillonne, infatigable, ces paysages de l'Aveyron à vélo. À rebours d'une image glamour que sa tenue de cycliste est loin de susciter, Jacques provoque le désir partout où il passe. Chaque interaction, chaque croisement de regard est sexualisé.

Le comédien Pierre Maillet s'empare de ce personnage en perpétuel mouvement, à l'image de sa pensée, incapable de se fixer, qui toujours se nuance, dérive. Incroyable, Pierre Maillet capte l'étonnement permanent de Jacques face aux réactions improbables qu'il provoque, cette fausse naïveté insaisissable que ses tribulations viennent sans cesse attiser d'une émotion toujours nouvelle. Les sens et l'attention à fleur de peau, Jacques perd peu à peu le contrôle.
Face à Pierre Maillet, tout aussi magistral, Maurin Ollès incarne tous les personnages masculins qui cristallisent le désir obsessionnel que déclenche le cycliste.

Sur la scène, les paysages et le décor sont figurés autant par des maquettes en miniature, des scripts projetés au rétroprojecteur que par la diffusion d'un court métrage de 25 minutes, réalisé par Maurin Ollès, qui déplace un instant le récit, comme une porte qui s'ouvre sur l'intimité des personnages. Des matériaux pluriels qui viennent nourrir un fil narratif au rythme crescendo, où le burlesque se mêle à l'enchainement cohérent de situations pourtant improbables. Cet entrelacement subtil figure ce qui fait toute la singularité de la représentation, un décalage permanent du personnage, plus soucieux de la sémantique d’un verbe que des conséquences de l'action qu’il entraîne.

Maurin Ollès et Pierre Maillet s'emparent de l’atmosphère fantastique du récit qui naît de ce glissement progressif, d’une narration hyperréaliste qui, toujours sur le fil, bascule imperceptiblement dans l’étrange. Avec une subtilité et une intelligence réjouissante, Maurin Ollès et Pierre Maillet déploient toute la théâtralité de l'univers si particulier d'Alain Guiraudie et donnent corps à ses personnages décalés, sans filtre, et si profondément humains.

 


 

Et j'en suis là de mes rêveries de Maurin Ollès d'après le roman Rabalaïre d'Alain Guiraudie jusqu'au 11 avril 2025 au Théâtre de la Bastille

Avec Pierre Maillet et Maurin Ollès

Participation en images de Ferdinand Garceau, Jean-François Lapalus et Julien Villa
Écriture et adaptation : Ferdinand Garceau, Pierre Maillet, Maurin Ollès
Mise en scène et réalisation : Maurin Ollès
Production et assistanat réalisation : Julie Lapalus
Dramaturgie et script : Ferdinand Garceau
Scénographie et costumes : Zouzou Leyens
Lumière et régie générale : Bruno Marsol
Son : Manon Amor
Diffusion et regard extérieur : Aurélia Marin
Construction ; Marc de Frise
Stage maquette : Yuna Choï
Image : Lucas Palen
Assistanat caméra Micaela Albanese
Montage image : Mehdi Rondeleux
Prise de son : Arnold Zeilig Perche Paul Guilloteau
Montage son & mixage : Tiphaine Depret
Décors & accessoires : Nissa Abaoui
Régie : Mélaine Jonckeau
Étalonnage : Erwan Dean
Musique originale & cuisine : Bédis Tir
Musique générique de fin : Simon Averous
 
Production : La Crapule 

Coproductions Les Gens Déraisonnables (Parmi les Lucioles)/Rennes, La Comédie de Colmar – CDN Grand-Est Alsace, Les Célestins – Théâtre de Lyon, Théâtre de La Bastille, Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN, NEST Théâtre – CDN de Thionville Grand-Est, Théâtre Sorano – Scène conventionnée de Toulouse, Réseau Puissance 4.

Soutiens : Maisons Mainou de Genève, la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon – Centre national des écritures du spectacle, Ministère de la Culture-DRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur, Département des Bouches-du-Rhône, Carte blanche aux artistes de la Région Sud, Ville de Marseille Remerciements Les éditions P.O.L, Gwenola Loric, Arnaud Richer, Marguerite Guillard Richer, Mairie de Cagnac-du-Causse, Jules Follet, Livia Spinga, Sébastien Saintigny, Stéphanie Selva, Michel Bergamin, Claude Mouriéras – La CinéFabrique, Marie Lesay – Rue de La Sardine, Alberto Ploquin, Clara Bonnet, Augustin Bonnet, Phillipe et Marina Jonquières, Anne Fischer, Matthieu Cruciani, Marcial Di Fonzo Bo, Nicolas Mesdom, Thomas Nicolle, DC Audiovisuel, Arsud.

Compagnie La Crapule lacrapule.fr  

Sophie Trommelen, vu 31 mars 2025 au Théâtre de la Bastille.